Daily Archives: April 11, 2007

Jazzman reviews by Alex Dutilh

 4-etoiles-jazzman.jpg

CARLOS BARRETTO – Radio Song (CF 072) 

Étincelant.
Sorti confidentiellement sur le label CBTM, cet enregistrement d’il y a cinq ans est à marquer d’une pierre blanche. Moins pour la présence – au plein sens du terme – de Louis Sclavis en trois occasions (dont un duo improvisé à la clarinette-basse avec le leader), que pour le tranchant du trio de Carlos Barretto. La justesse, la qualité de son et la cambrure des compositions de ce dernier en font un musicien de premier plan, l’une des plus excitantes promesses de la scène portugaises. Encore fallait-il qu’il largue les amarres du jazz « à la papa » et là, pas de doute, on est plutôt du côté de Scofield et Rosenwinkel que de Ray Brown… L’allant de Mario Delgado et de son phrasé zigzaguant sur les guitares électrique et acoustique y contribue, certes, mais c’est le batteur, José Salgueiro, qui constitue une véritable révélation : un jeu hachuré dont la finesse de timbres se renouvelle d’un morceau à l’autre toujours soucieux – et c’est le paradoxe – d’un groove puissant. L’alchimie de cette contrebasse, de cette guitare et de ce drumming est un de ces délicieux mystères où l’onirisme des climats s’épanouit à loisir. Un indice : chacun veille à laisser de l’espace. Avec le titre éponyme, Luminae est un sommet de délicatesse nerveuse, splendide de tension retenue. Grand trio.
www.jazzman.fr

ETHAN WINOGRAND – Tangled Tango (CF 074)
Bancal.
Le noyau dur de « Made in Brooklyn », le précédent album du batteur new-yorkais désormais résident du nord de l’Espagne, se retrouve ici : Ross Bonadonna a d’ailleurs signé la direction artistique et Eric Mingus vient faire une visite de courtoisie sur deux plages. Par contre c’est dans la péninsule ibérique que Winogrand a recruté Gorka Benitez et Carlos Barretto. Et Steven Bernstein est davantage là comme iconoclaste transfrontalier (rock, pop, jazz…) que comme new-yorkais, histoire pour l’ex-batteur punk de garder le lien avec ses potes de jeunesse. On entend bien ici des velléités de compositions élaborées « à la Steve Coleman », mais le résultat est par trop inégal pour que l’on ne regrette pas l’absence de coupes : 70 minutes, c’est beaucoup d’autant que l’attention faiblit sur des pièces au son parfois excessivement « chargé », comme le conclusif Wraping Paper. Manque de rigueur.
http://www.jazzman.fr

Advertisements

Jazzman review by Stéphane Ollivier

  choc.jpg

BERNARDO SASSETTI – Unreal Sidewalk Cartoon (CF 070)

Après une demi-douzaine de disques hard bop truffés de rythmes brésiliens et afro-cubains (cf. « Salsetti » avec Paquito d’Rivera), le pianiste portugais Bernardo Sasseti s’est engagé depuis le tournant des années 2000 dans l’élaboration d’une musique beaucoup plus personnelle. Après « Nocturno », explorant sous l’égide de Bill Evans, le versant plus spécifiquement européen de son univers (avec de très subtiles interprétations de pièces du Catalan Mompou), puis « Ascent », féerique déambulation cinématique dans un univers feutré et discrètement mélancolique, Sassetti poursuit sa métamorphose esthétique en signant avec « Unreal Sidewalk Cartoon » son œuvre incontestablement la plus ambitieuse et aboutie à ce jour. Conçue comme une sorte d’opéra de chambre sans parole, d’une rigueur extrême dans son architecture et d’un raffinement de timbres exquis, cette longue suite cotonneuse est un véritable chef d’œuvre de poésie onirique fondé sur un travail de composition et d’orchestration d’une sophistication et d’une précision rares. De façon très organique sont entremêlés des éléments résolument jazz (il y a au coeur du dispositif orchestral un authentique septet « de jazz » ), des sonorités relevant de la musique de chambre occidentale (grâce à l’utilisation parcimonieuse d’un quintette à vent et d’un quatuor de saxophones) et un enchevêtrement de rythmes empruntés à un grand nombre de traditions extra-européennes. Sassetti travaille ici autant en peintre, maîtrisant parfaitement toute l’étendue de sa très riche palette sonore, qu’en cinéaste expérimental, jouant avec un sens aigu de la dramaturgie sur des glissements imperceptibles d’humeurs et d’atmosphères. Du très grand art.
www.jazzman.fr