Daily Archives: March 30, 2012

Culture Jazz reviews by Jean Buzelin

Clean Feed and Intakt – Deux labels qui ne passent pas inaperçus
Ces deux labels, l’un suisse, l’autre portugais, ne passent pas inaperçus sur le site CultureJazz.fr où certaines de leurs productions sont ponctuellement passées en revue ; une petite partie seulement car la cadence élevée de leurs sorties, ajoutée à nos modestes possibilités de chroniques, ne permettent pas de couvrir la totalité de leurs catalogues. Ce qui n’empêche pas d’insister sur le fait que ces deux maisons de disques indépendantes figurent parmi les plus ouvertes, prospectives, inventives, bref, intéressantes, parmi les innombrables compagnies du paysage européen.  On leur prête peu d’attention en France car elles n’ont pas les moyens de se signaler par des encarts publicitaires, des communiqués de presse continus sur internet, et une présence insistante auprès des journalistes qui occupent le haut des médias, revues et radios. Mais cette constatation n’aurait pas vraiment lieu d’être si leurs catalogues respectifs n’en valaient pas la peine. Toutes deux ont une politique voisine : des musiques tournées vers l’avenir et la recherche, tout en restant ancrées dans l’héritage du jazz. D’où la présence, sans aucun ostracisme, de jeunes musiciens orientés vers la création, comme d’artistes confirmés dont l’œuvre s’est affirmée sur des décennies et dont la musique ne s’est jamais figée ; des artistes fidèles à la marque qui les accompagne souvent depuis des années.  Une politique éditoriale rigoureuse, une production particulièrement soignée digne des compagnies les plus prestigieuses (sic), non repliée dans un genre free music pur et dur souvent un peu passéiste, mais ouverte aux musiciens européens comme américains parmi les plus intéressants.  Nous avions présenté Clean Feed il y a bientôt quatre ans, commençons donc par Intakt, qu’anime avec passion Patrik Landolt à Zürich.

Kris Davis –  Aeriol Piano (CF 233)
Une autre pianiste s’installe derrière le clavier. C’est le premier disque en solo sous son nom de la jeune Kris Davis, partenaire de Tony Malaby, et qui a enregistré, déjà chez Clean Feed, avec Ingrid Laubrock et Mary Halvorson (tiens tiens !), un premier disque fort intéressant et très maîtrisé. Assurément, Kris Davis possède son instrument sur le “bout des doigts“, ce qui lui est nécessaire pour développer des pièces recherchées, parfois même assez expérimentales, où la qualité du son n’est jamais laissée de côté, y compris lorsqu’elle aborde le piano préparé. Tantôt vif et nerveux, comme dans le standard All The Things You Are qu’on ne reconnaît guère et qui ouvre le disque, souvent introspectif, laissant de la place aux respirations et aux silences, son jeu peut devenir très rythmique, voire répétitif dans les graves. Une musique requérant attention et respect par son exigence et sa qualité.

Thomas Heberer’s Clarino – Klippe (CF 226)
Musiciens allemands installés à New York, le trompettiste Thomas Heberer (qui a joué dans les orchestres d’Alex Schlippenbach et de Misha Mengelberg) et le contrebassiste Pascal Niggenkemper rencontrent un autre émigré, le clarinettiste belge Joachim Badenhorst. Pour ce trio “de chambre”, Heberer a écrit neuf pièces très élaborées, à la fois pensées, réfléchies, voire méditatives, mais assez cérébrales, jouant sur l’harmonie parfaite et la précision des sonorités. La musique, épurée, jouée tout en retenue, réclame une grande attention de l’auditeur qui ne peut s’appuyer sur aucun rythme ni mélodie explicites, tout est suggéré. Cela ne va pas sans une certaine froideur mais, si un certain type de swing est absent, l’articulation des discours, les timbres, les accents, inscrivent cette pratique dans le champ, certes très large, du jazz contemporain.

Gerry Hemingway Quintet – Riptide (CF227)
On remarque, dans l’histoire du jazz, de grands batteurs leaders, Art Blakey et Max Roach en tête. Gerry Hemingway appartient indiscutablement à cette lignée, dirigeant un quintette (parfois un quartette) depuis 1985 ; quintette qui dure, évolue, se renouvelle. Celui qui se présente à nous est nouveau, même s’il inclut le saxophoniste Ellery Eskelin qui a joué (et enregistré, notamment pour Clean Feed) depuis longtemps avec Hemingway. Ténor solide, qui occupa le devant de la scène il y a quelques années, Eskelin est ici en concurrence, musicale s’entend, avec le clarinettiste et altiste américano-mexicain Oscar Noriega au jeu extrêmement dynamique et vivifiant (notons qu’il a travaillé avec Tom Rainey). Une modernité mainstream parfaitement assumée : solos de guitare assez rock, rythmes puissants… Le Gerry Hemingway Quintet reste une force du jazz d’aujourd’hui.

Scott Fields & Multiple Joyce Orchestra- Moersbow / OZZO (CF 236)
Le guitariste américain Scott Fields faisait partie de la première fournée de disques Clean Feed présentés sur notre site en 2008. Il délaisse ici les cordes pour tenir la baguette et diriger, à Cologne, haut lieu des musiques contemporaines et électroacoustiques, un grand orchestre, sorte de master class qui s’appuie largement sur le James Choice Orchestra, baptisé ici le Multiple Joyce Orchestra (d’où MJQ sur la tranche du digipak !). Il ne s’agit pas d’un big band selon la formation habituelle, mais un assemblage d’instruments divers permettant la plus large palette possible. Ainsi les instruments électroniques sont-ils au premier plan dans Moersbow, pièce qui se déplace en nappes sonores, dédiée au compositeur électronique japonais Merzbow. Mais c’est OZZO, longue composition/proposition en quatre parties d’inégales longueurs, qui occupe l’essentiel du disque. Cette œuvre, qui oscille entre la free music improvisée et la musique contemporaine occidentale, provoque nombre de circulations, flux et reflux, tensions et détentes, passages et superpositions d’instruments. Pas de tempos à proprement parler, mais des interventions instrumentales qui apportent un caractère de jazzité à l’ensemble. _ Pour cela, Fields s’est appuyé sur quelques solistes réputés, comme les saxophonistes Frank Gratkowski et Matthias Schubert, son partenaire habituel, ou le tubiste Carl Ludwig Hübsch.  Au total, une musique complexe, chiadée et raffinée, contrastée et souvent délicate et aérienne (forte présence des flûtes, par exemple), qui peut laisser froid l’amateur de jazz, mais que les auditeurs curieux et sensibles aux musiques contemporaines sauront apprécier.

Notons que tous ces disques, comme l’ensemble des catalogues Intakt et Clean Feed, sont facilement disponibles chez Orkhêstra, le distributeur français indispensable.
http://www.culturejazz.fr/spip.php?article1824

Chicago Reader review by Peter Margasak

Ballister – Mechanisms (CF 245)
On the second Ballister album, Mechanisms (Clean Feed), this scorching local free-jazz trio occasionally indulges in a moment of repose, with saxophonist Dave Rempis shaping muted striations, drummer Paal Nilssen-Love gently scraping his cymbals, and cellist Fred Lonberg-Holm bowing almost serene long tones. But make no mistake: though the the three of them have been working together as Ballister for a couple of years, they don’t seem to be getting tired of going all-out pretty much all the time. The second half of the new album is a 28-minute workout called “Roller Nuts”—most of the group’s titles have a blunt crudity that harks back to early Peter Brötzmann records like Balls and Nipples, just as the energy level of the music does—and it makes me feel like a building is collapsing on me. The members of Ballister have much more to offer than furious freak-outs, though. In each piece they constantly shift gears, changing texture (particularly Lonberg-Holm, who plays his effects pedals as much as his cello), rhythmic feel, and density, which requires them to stay attuned to one another and adjust on the fly—and it’s hard to miss the the exuberant snatches of buoyant, hard-swinging jazz that pop out of the din. Naysayers might say that Ballister—like free jazz in general—is just squawking and noise, but that’s what most unfamiliar music sounds like if you refuse to really listen to it.
http://www.chicagoreader.com/chicago/ballister/Event?oid=5900075

El Intruso reviews by Sergio Piccirilli

Clean Feed x 3: RED Trio + Nate Wooley / Elliott Sharp / Ballister
El sello portugués Clean Feed Records, en sus diez años de existencia y con más de doscientos títulos incorporados a su catálogo, se ha constituido en una de las casas discográficas de mayor importancia en el ámbito del jazz de vanguardia y la música creativa del nuevo milenio. Su riguroso compromiso con la innovación, lo persistente de su producción y la amplitud del rango artístico que congrega han sido ampliamente reconocidos tanto por el público ávido por explorar nuevas fronteras musicales como por la prensa especializada. De hecho, corresponde recordar que Clean Feed resultó el sello más votado por la prensa internacional en las ediciones 2008, 2009, 2010 y 2011 de nuestra encuesta anual. A continuación mencionaremos algunos de los títulos recientemente editados por el sello dirigido por los hermanos Costa:

El primero de los álbumes en cuestión lleva por título Stem y reúne a la notable banda portuguesa RED Trio con el prestigioso trompetista estadounidense Nate Wooley. RED Trio (integrado por Gabriel Ferrandini en batería, Hernani Faustino en contrabajo y Rodrigo Pinheiro en piano) desde su elogiado debut discográfico en 2010 con RED Trio acaparó la atención del público más exigente y demostró infrecuentes cualidades musicales. Más tarde ratificaron virtudes con Empire de 2011, álbum en donde se asociaron con el destacado saxofonista e improvisador británico John Butcher. Ahora, en Stem, prolongan ese espíritu colaborativo con epicentro en el concepto de libre improvisación y composición instantánea que caracteriza al trío pero aumentado por la presencia de uno de los trompetistas más brillantes de nuestro tiempo: Nate Wooley (Nate Wooley Quintet, Seven Storey Mountain, Harris Eisenstadt & Canada Day, Peter Evans/ Nate Wooley Duo).

La segunda entrega a la que haremos referencia se titula Aggregat y pertenece al Elliott Sharp Trio, banda cuya alineación integra a su líder en saxo tenor, saxo soprano y guitarra, Ches Smith (Mary Halvorson Quintet, Los Totopos, Marc Ribot’s Ceramic Dog, etc.) en batería y Brad Jones (The Jazz Passengers, Bobby Previte and the New Bump, Dave Douglas & Keystone, etc.) en bajo. Elliott Sharp, después de haber ocupado un lugar protagónico en la escena del downtown neoyorquino, ha sabido desarrollar y encabezar una seria de proyectos simultáneos que incluyen – entre otros – al Soldier String Quartet, Tectonics, Carbon, Elliott Sharp’s Terraplane y sus innovadoras presentaciones en solo de guitarra. En Aggregat, además de utilizar al saxo como primer instrumento, se orienta en dirección al concepto de trío jazz pero permitiéndose usar su particular vocabulario de improvisación e incorporando algunos guiños de complicidad con la tradición que incluyen, por citar un ejemplo, una pieza en tributo al saxofonista Sonny Rollins.

El último de los lanzamientos de Clean Feed Records a mencionar en esta sección corresponde al trío Ballister y su álbum Mechanisms. Ballister es un proyecto que cuenta con las estelares participaciones de tres de los músicos más destacados de la vanguardia jazzística: el saxofonista Dave Rempis (The Rempis Percussion Quartet, Vandermark 5, The Engines, etc.), el cellista Fred Lonberg-Holm (Vandermark 5, Peter Brötzmann’s Chicago Tentet, Seval, etc.) y el baterista Paal Nilssen-Love (The Thing, Atomic, Territory Band, etc.). En Mechanisms – el segundo álbum del trío tras su debut en 2010 con Bastard String- se funden influencias provenientes de Julius Hemphill, Abdul Wadud, Ornette Coleman’s Prime Time y del Miles Davis de principios de los setenta en comunión con la impronta sonora contemporánea que distingue a la vanguardia de la escena de Chicago.
http://elintruso.com/2012/03/28/clean-feed-red-trio-nate-wooley-elliott-sharp-ballister/