Jazzques review

Baloni – Fremdenzimmer (CF 237)
S’il doit nous emmener loin, le morceau d’ouverture («Lokomotive») nous attire plutôt par le fond. Il nous entraîne dans une longue et angoissante plongée abyssale. L’archet de Frantz Loriot (violon) se mélange aux crissements, tout aussi peu rassurants, de celui de Pascal Niggenkemper sur sa contrebasse. Le tout s’emmêle et s’entrelace au son de la clarinette de Joachim Badenhorst. Bienvenu dans Fremdenzimmer, de Baloni (chez Clean Feed)!

Fremdenzimmer, qui signifie «chambre d’hôte», pourrait ici ressembler ces endroits froids, inhospitalier et impersonnel qui servent de salles d’attente à tous les réfugiés ou demandeurs d’asile plutôt qu’à une chambre accueillante pour de simples touristes aventureux. C’est ce récit mystérieux, aux ambiances étranges et au malaise persistant, ce voyage dans l’inconnu et son lot de rencontres inattendues que le trio nous raconte. Et les trois musiciens (qui se sont rencontrés en 2008 à Brooklyn) ont fermement décidé de nous entraîner dans une histoire pour laquelle il vaut mieux mettre ses certitudes de côté.

Tout au long de l’album, les influences musicales se confondent. On passe du romantisme d’une musique de chambre à une musique minimaliste et avant-gardiste. On navigue constamment entre les improvisations très maîtrisées et des lignes mélodiques écrites avec précision.

Les timbres des différents instruments semblent parfois se rejoindre et, par moments, et il est très difficile de savoir «qui parle». Tantôt le jeu est nerveux et presque mélodique («Fremdenzimmer»), tantôt il est plus anarchique («Het Kruipt In Je Oren»), ou délibérément dépouillé («Wet Wood»). «Searching» est indécis et les questionnements de la clarinette basse trouvent des bribes de réponses dans les accords mouvants des cordes. Au silence angoissant de la nuit («4 PM»), succède un morceau presque dansant («27’10 Sous Les Néons»)…

Ce jazz très libre, fait appel à tous les sens et Baloni ne nous laisse jamais tranquille, il nous oblige à rester en éveil, à rester attentif.

Le moindre claquement de clarinette, la moindre friction de cordes et les plus infimes pizzicatos racontent un détail de l’histoire. Il ne faut rien manquer.

Le trio démontre ainsi qu’il est possible de rendre toujours accessible une musique «dite difficile» dans laquelle l’improvisation n’apparaît pas toujours aussi abstraite qu’on l’imagine… Il suffit simplement de bien vouloir l’entendre.

Si le voyage avec Fremdenzimmer n’est pas de tout repos, il est cependant fa-sci-nant d’un bout à l’autre.
http://jazzques.skynetblogs.be/archive/2012/10/20/baloni-fremdenzimmer.html

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