Improjazz review by David Cristol

CF312CDLuís Lopes Lisbon Berlin Trio – The Line (CF 312)
Signataire de plusieurs albums mémorables ces dernières années, à la tête de diverses formations, Luis Lopes a le don de convoquer de belles coalitions pour faire exister la musique qu’il a imaginée. Ainsi, « What is When » avec Adam Lane et Igal Foni en 2009, « Afterfall » avec Joe Giardullo, Sei Miguel, Benjamin Duboc et Harvey Sorgen en 2010, le premier opus du présent Lisbon Berlin Trio en 2011 (tous trois sur Clean Feed), « Electricity » et « Live in Madison » du Humanization 4tet (sur Ayler en 2010 et 2013, avec Rodrigo Amado et les frères Aaron et Stefan Gonzalez) ou le quartette Big Bold Black Bone « Clouds Clues » (Wide Ear Records, 2013, avec Marco von Orelli, Sheldon Suter et Travassos) sont des œuvres abouties et chatoyantes, avec pour dénominateur commun un guitariste incisif, orfèvre de la distorsion, sculpteur d’ambiances sonores aux reliefs roides, également capable d’apartés prolixes puisant dans le vocabulaire du jazz comme dans celui du rock. Le trio s’est produit au festival Jazz em Agosto en août 2014, pour un set privilégiant les drones musclés, si l’on peut se figurer un tel oxymore. Lopes convie l’auditeur à une nouvelle odyssée vertigineuse avec « The Line ». Les sources d’inspiration des compositions sont à trouver dans les sciences physiques, la littérature, la philosophie – et la musique. Anthony Braxton, Stephen Hawking, Fernando Pessoa, Robert Musil, Jean-Paul Sartre et Albert Camus ont questionné les mystères du temps et de l’existence sous différents angles et selon leurs domaines respectifs, et dont cet album (« The Line » ou « la ligne » renvoie à la représentation linéaire du temps de même qu’à la remise en cause de cette perception) se veut le reflet. Cela passe par les élans du leader, anguleux et inattendus mais toujours lisibles, tel un Eddie Hazel ayant troqué les fumigènes contre le scalpel. Cela passe par la comète Christian Lillinger (partenaire de Joachim Kühn et Pascal Niggenkemper), batteur flamboyant que l’on qualifierait volontiers d’indomptable si des passages comme Dark Suite (Epilogue) ne révélaient de sérieuses aptitudes à la délicatesse. Cela passe par la robustesse de Robert Landfermann (qui côtoie John Scofield sur « The Trio meets John Scofield », Pirouet Records et retrouve Lillinger aux côtés d’Achim Kaufmann sur « Grünen : Pith and Twig » chez Clean Feed, tous deux publiés fin 2014). Si sa contrebasse gronde doucement la plupart du temps, elle claque avec véhémence lorsque la situation l’exige – on n’irait pas lui chercher noise. Impressionnant alliage de force et de finesse, voici donc une nouvelle et tonifiante réussite à l’actif de Luis Lopes et de ses acolytes.

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