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Culture Jazz reviews by Jean Buzelin

Clean Feed and Intakt – Deux labels qui ne passent pas inaperçus
Ces deux labels, l’un suisse, l’autre portugais, ne passent pas inaperçus sur le site CultureJazz.fr où certaines de leurs productions sont ponctuellement passées en revue ; une petite partie seulement car la cadence élevée de leurs sorties, ajoutée à nos modestes possibilités de chroniques, ne permettent pas de couvrir la totalité de leurs catalogues. Ce qui n’empêche pas d’insister sur le fait que ces deux maisons de disques indépendantes figurent parmi les plus ouvertes, prospectives, inventives, bref, intéressantes, parmi les innombrables compagnies du paysage européen.  On leur prête peu d’attention en France car elles n’ont pas les moyens de se signaler par des encarts publicitaires, des communiqués de presse continus sur internet, et une présence insistante auprès des journalistes qui occupent le haut des médias, revues et radios. Mais cette constatation n’aurait pas vraiment lieu d’être si leurs catalogues respectifs n’en valaient pas la peine. Toutes deux ont une politique voisine : des musiques tournées vers l’avenir et la recherche, tout en restant ancrées dans l’héritage du jazz. D’où la présence, sans aucun ostracisme, de jeunes musiciens orientés vers la création, comme d’artistes confirmés dont l’œuvre s’est affirmée sur des décennies et dont la musique ne s’est jamais figée ; des artistes fidèles à la marque qui les accompagne souvent depuis des années.  Une politique éditoriale rigoureuse, une production particulièrement soignée digne des compagnies les plus prestigieuses (sic), non repliée dans un genre free music pur et dur souvent un peu passéiste, mais ouverte aux musiciens européens comme américains parmi les plus intéressants.  Nous avions présenté Clean Feed il y a bientôt quatre ans, commençons donc par Intakt, qu’anime avec passion Patrik Landolt à Zürich.

Kris Davis –  Aeriol Piano (CF 233)
Une autre pianiste s’installe derrière le clavier. C’est le premier disque en solo sous son nom de la jeune Kris Davis, partenaire de Tony Malaby, et qui a enregistré, déjà chez Clean Feed, avec Ingrid Laubrock et Mary Halvorson (tiens tiens !), un premier disque fort intéressant et très maîtrisé. Assurément, Kris Davis possède son instrument sur le “bout des doigts“, ce qui lui est nécessaire pour développer des pièces recherchées, parfois même assez expérimentales, où la qualité du son n’est jamais laissée de côté, y compris lorsqu’elle aborde le piano préparé. Tantôt vif et nerveux, comme dans le standard All The Things You Are qu’on ne reconnaît guère et qui ouvre le disque, souvent introspectif, laissant de la place aux respirations et aux silences, son jeu peut devenir très rythmique, voire répétitif dans les graves. Une musique requérant attention et respect par son exigence et sa qualité.

Thomas Heberer’s Clarino – Klippe (CF 226)
Musiciens allemands installés à New York, le trompettiste Thomas Heberer (qui a joué dans les orchestres d’Alex Schlippenbach et de Misha Mengelberg) et le contrebassiste Pascal Niggenkemper rencontrent un autre émigré, le clarinettiste belge Joachim Badenhorst. Pour ce trio “de chambre”, Heberer a écrit neuf pièces très élaborées, à la fois pensées, réfléchies, voire méditatives, mais assez cérébrales, jouant sur l’harmonie parfaite et la précision des sonorités. La musique, épurée, jouée tout en retenue, réclame une grande attention de l’auditeur qui ne peut s’appuyer sur aucun rythme ni mélodie explicites, tout est suggéré. Cela ne va pas sans une certaine froideur mais, si un certain type de swing est absent, l’articulation des discours, les timbres, les accents, inscrivent cette pratique dans le champ, certes très large, du jazz contemporain.

Gerry Hemingway Quintet – Riptide (CF227)
On remarque, dans l’histoire du jazz, de grands batteurs leaders, Art Blakey et Max Roach en tête. Gerry Hemingway appartient indiscutablement à cette lignée, dirigeant un quintette (parfois un quartette) depuis 1985 ; quintette qui dure, évolue, se renouvelle. Celui qui se présente à nous est nouveau, même s’il inclut le saxophoniste Ellery Eskelin qui a joué (et enregistré, notamment pour Clean Feed) depuis longtemps avec Hemingway. Ténor solide, qui occupa le devant de la scène il y a quelques années, Eskelin est ici en concurrence, musicale s’entend, avec le clarinettiste et altiste américano-mexicain Oscar Noriega au jeu extrêmement dynamique et vivifiant (notons qu’il a travaillé avec Tom Rainey). Une modernité mainstream parfaitement assumée : solos de guitare assez rock, rythmes puissants… Le Gerry Hemingway Quintet reste une force du jazz d’aujourd’hui.

Scott Fields & Multiple Joyce Orchestra- Moersbow / OZZO (CF 236)
Le guitariste américain Scott Fields faisait partie de la première fournée de disques Clean Feed présentés sur notre site en 2008. Il délaisse ici les cordes pour tenir la baguette et diriger, à Cologne, haut lieu des musiques contemporaines et électroacoustiques, un grand orchestre, sorte de master class qui s’appuie largement sur le James Choice Orchestra, baptisé ici le Multiple Joyce Orchestra (d’où MJQ sur la tranche du digipak !). Il ne s’agit pas d’un big band selon la formation habituelle, mais un assemblage d’instruments divers permettant la plus large palette possible. Ainsi les instruments électroniques sont-ils au premier plan dans Moersbow, pièce qui se déplace en nappes sonores, dédiée au compositeur électronique japonais Merzbow. Mais c’est OZZO, longue composition/proposition en quatre parties d’inégales longueurs, qui occupe l’essentiel du disque. Cette œuvre, qui oscille entre la free music improvisée et la musique contemporaine occidentale, provoque nombre de circulations, flux et reflux, tensions et détentes, passages et superpositions d’instruments. Pas de tempos à proprement parler, mais des interventions instrumentales qui apportent un caractère de jazzité à l’ensemble. _ Pour cela, Fields s’est appuyé sur quelques solistes réputés, comme les saxophonistes Frank Gratkowski et Matthias Schubert, son partenaire habituel, ou le tubiste Carl Ludwig Hübsch.  Au total, une musique complexe, chiadée et raffinée, contrastée et souvent délicate et aérienne (forte présence des flûtes, par exemple), qui peut laisser froid l’amateur de jazz, mais que les auditeurs curieux et sensibles aux musiques contemporaines sauront apprécier.

Notons que tous ces disques, comme l’ensemble des catalogues Intakt et Clean Feed, sont facilement disponibles chez Orkhêstra, le distributeur français indispensable.
http://www.culturejazz.fr/spip.php?article1824

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All About Jazz Italy review by Alberto Bazzurro

Thomas Heberer’s Clarino – Klippe (CF 226)
Valutazione: 3.5 stelle
Rimanda al glorioso (per quanto magari sconosciuto ai più) trio KoKoKo (Koglmann/Koltermann/Koch), che negli anni Ottanta propose un identico organico (magari rifacendosi a sua volta a certi esperimenti di Giuffre e Shorty Rogers di trent’anni prima), questo ensemble capitanato dal trombettista tedesco Thomas Heberer. Analogo, oltre al particolarissimo impasto timbrico, spiccatamente cameristico, è l’approccio alla materia sonora, nitido, per lo più astratto (talora quasi stralunato), incruento, libero ma sorvegliato. A tratti le marce basse che contraddistinguono il disco possono anche generare un minimo di appannamento, di stanchezza, ma l’idea è ottima, e la sua realizzazione per lo più centrata. Si fanno apprezzare in particolare episodi quali “Insel,” elegante quanto felicemente stringato, essenziale, e più in generale tutti quelli che occupano il cuore dell’incisione, dal più mosso, increspato (anche antigrazioso) “Stapellauf” a “Luv und Lee,” a sua volta breve e felice in quanto a dinamiche, dal fitto (e molto “democratico”) “Kleiner Bruder” al più ampio “Rah,” prima pacato (e impreziosito da contrabbasso archettato, tromba sordinata e clarone quasi afasico) e poi decisamente più affermativo, fino al puntillistico, e poi più disteso, “Blanker Hans”. Il tutto sempre nel segno di un indiscusso aplomb, calibrato, come sospeso a mezz’aria, per un album che ha il non indifferente pregio, una volta calatisi in una determinata dimensione, di saper dispiegare via via tutto il suo innegabile fascino.
http://italia.allaboutjazz.com/php/article.php?id=7244

The New York City Jazz Record review by Robert Iannapollo

Klippe Thomas Heberer’s Clarino (CF 226)
Arbr’-En-Ciel Christian Mendoza Group (W.E.R.F.)
Donkere Golven International Trio (W.E.R.F.)
New York-based Belgian reed player Joachim Badenhorst has had a busy year. He’s a presence on Tony Malaby’s nonet recording Novela, made are cording with the Icelandic group Mogil and recorded several small group sessions in addition to the three releases featured here. He’s a versatile musician and his work on clarinet is particularly strong. On Klippe, ICP Orchestra trumpeter Thomas Heberer uses Badenhorst, along with German bassist Pascal Niggenkemper, for his Clarino trio. It’s a good combination with a wide sonic range. For this group, Heberer uses a style of composition he calls “cookbook notation”. Notation is shaped to a specific set of rules, memorized, and then improvised on the fly. This gives the players wide latitude of interpretation, which hopefully makes the music continually fresh. Badenhorst and Niggenkemper seem inspired by this approach and what emerges is true trio music. During“Kleiner Bruder”, what starts with a somber introduction evolves into a section of hyperactivity before Heberer plays a sustained, shaded drone, bass bubbling underneath and bass clarinet weaving around both figures. On “Torn” the music is spacious with notes dropping slowly and deliberately into the playing field. Badenhorst’s role is equal to the other two players and Klippe is a good place to hear him at length.On pianist Christian Mendoza’s quintet album Arbr’-En-Ciel, Badenhorst is the second reed in the frontline. He shares his position with Ben Sluijs (alto sax and flute). Filling out the group is bassist Brice Soniano (Badenhorst’s duo partner in Rawfishboys)and drummer Teun Verbruggen. While the music hereis more overtly structured than the disc above, it still has passages of free interaction. Mendoza’scompositions are intricate (changing tempos, unusual melodies and improvisational strategies, etc.) and Verbruggen’s clattering drums help push these ideas along with finesse while his textural electronic work on “November Snow” adds a further dimension. Badenhorst’s clarinet and tenor sax work is prominent and his naturalness in a setting so circumscribed demonstrates another facet to his playing. Mendoza presents a set of engaging compositions that keep the players on their toes. A few are thematically connected, which gives the entire proceeding a suite-like flavor. The International Trio (Badenhorst with Steve Swell on trombone and drummer Ziv Ravitz) appears to be Badenhorst’s project. Although the bulk of Donkere Golven consists of free improvisations, there are also two Badenhorst compositions. Swell is a goodfoil for Badenhorst and his big burry sound wraps nicely around Badenhorst’s clarinet and jousts deftly with his bass clarinet. Both handle the outer ranges of their respective instruments with skill. Ravitz’ drumming is spacious, frequently opting for subtle commentary and decoration around the two horns. The two compositions are nicely placed in the programand genuinely stand out, giving the listener unexpected focal points. Badenhorst has organized a strong group and hopefully these musicians take this project further.

JazzWrap review by Vern

Thomas Heberer – Klippe (CF 226)
Stunning. Simply stunning. I really stumbled into this record. It came about as a result of listening to the recent Equilibrium album, Walking Voices. I wanted to investigate some more material that Joachim Badenhorst had worked on and the new album from German born now New York resident, Thomas Heberer kept coming into view. Mainly from friends constantly telling me I need to check this guy out. And I finally decided I’d better take a listen. And what a surprise…

He studied under the great Manfred Schoof as well as plays in the collective Instant Composers Pool, led by Misha Mengelberg and Han Bennink. But aside from those illustrious backgrounds, he has a loaded catalogue of music that varies in themes (somber to cinematic to Moleaver-esque electronics) but is played with the highest of quality.

On his latest album, Klippe, Heberer delivers a chamber session that is moving as well as experimental in texture. The title refers to Heberer’s childhood growing up near the Baltic Sea. The music strongly evokes a sense of space, long depths and far-reaching exploration.

“Torn” opens the disc with a delicate examination of space that has both a European classical element as well as encompassing aesthetics of free jazz. It slowly builds just for a moment and quickly recedes back into your consciousness. Heberer’s performance is steady and emotionally effective.

Heberer’s composition, “Mole” reminds me of early Enrico Rava. It’s crisp and vibrant with sharp passages from both Badenhorst and Heberer. Niggenkemper adds an eerie backdrop with his soft touches on the bass strings. “Stapellauf” shows some of the affect Schoff’s influence has had on Heberer. It swirls with frenetic and dark tones from both Niggenkemper and Heberer that pulsate and shift back and forth.

“Blanker Hans” and “Luv und Lee” both feature a mixture of improvised and structured chords that sees Bandenhorst and Heberer playing counterpoint while Niggenkemper rides up and down the scales with subtle abandon. “Einlaufbier” returns the listener to shore after a long journey. It’s quiet and short but the final notes will linger in your memory well after the session ends.

Klippe is beautifully composed and executed. Stripped of additional instrumentation and giving his fellow musicians the room to roam and improvise, Thomas Heberer is becoming more than just one of the best kept secrets in the European and New York music scene. Highly Recommended.
http://jazzwrap.blogspot.com/search?updated-max=2011-09-22T08%3A30%3A00-04%3A00&max-results=4

Free Jazz review by Stef Gissels

I love the music of these guys. They sound fresh, inventive, clever, and utterly soulful and compelling. They are Thomas Heberer on trumpet, Joachim Badenhorst on clarinet, Pascal Niggenkemper on bass, and Joe Hertenstein on drums. The first three already made the excellent “Clarino” on No Business last year, while Heberer, Niggenkemper and Hertenstein released “HNH” on Clean Feed. And now they are back, with one trio and one quartet.

Thomas Heberer’s Clarino – Klippe (CF 226)
****½
The incredibly impressive percussion-less chamber music on this album is the result of Heberer’s own “Cookbook” notation, by which improvised phrases are played, repeated and then reintroduced into an agreed structure. The approach requires astute listening and concentration, an aspect which is audible in the music, and adds a kind of dimension of caution and fragility. In contrast to many other musicians of their generation, they hardly ever resort to extended techniques, yet they use their instruments in the most “voiced” traditional way, but with the skills of virtuosi.

The overall sound as a result is calm, precise and subtle, sometimes grave, sometimes playful, often full of wonder, full of surprise. There is an incredible tenderness for the notes played, and intense feeling of cohesion despite the freedom the musicians have. Even if some of the pieces sound abstract at first listen, this is easily compensated by the sensitivity in each musician’s timbral richness and the emotional delivery.

I could start describing the music, but as usual words fail me. You have to listen to it yourself (here, on eMusic, for instance). Trust me, you won’t be disappointed,

Highly recommended!
http://freejazz-stef.blogspot.com/2011/09/heberer-niggenkemper-hertenstein-and.html